Ça fait bien longtemps que je n’ai pas écrit un sujet aussi intime. Il m’est encore difficile d’en parler. J’ai fait le choix de rompre le silence afin que mon vécu puisse alerter, sauver, l’un ou l’une d’entre vous. Afin d’être moins impactée par ces mots, j’ai choisi d’utiliser les termes de proie ou de “chose” pour parler de moi, c’est encore trop dur d’en parler à la première personne à ce jour.

Avant tout, je vais essayer d’apporter une définition du pervers narcissique (que je nommerai PN également), pas toujours facile à repérer notamment dans les premiers temps.

Certains traits de caractère du pervers narcissiques peuvent nous éclairer :

PERVERS NARCISSIQUE

 

  • Sauveur : tel le super héro, il devance les besoins de sa proie et la sauve avant même qu’elle ne tombe.
  • Folie des grandeurs : afin de se rendre indispensable, il couvre “sa chose” de cadeaux, car dit cadeau dit… réciprocité et attente d’un retour de quelque nature que ce soit.
  • Grand séducteur : toujours souriant, se montrant galant, il veut plaire à tout prix.  Son objectif est simple, obtenir une emprise totale sur “sa chose”, faire adhérer “sa chose” en la rendant presque complice, pour arriver à ses fins et lui faire vivre l’inacceptable.
  • Excellent comédien : capable de jouer toutes les émotions, il sait parfaitement s’y adapter. Soufflant alternativement le chaud et le froid, afin de déstabiliser sa proie.

 

Le profil de la proie idéale d’un pervers narcissique :

  • Dotée de fortes valeurs morales et humaines, elle est également spontanée et joviale.
  • Avec une ou plusieurs failles, la proie a eu une enfance singulière qui l’a fragilisée. Ses failles sont une aubaine pour le pervers narcissique qui s’en nourrira et s’en servira pour emprisonner sa proie.
  • La difficulté à imposer ses règles, que ce soit lors de son enfance, pendant son adolescence ou un peu plus tard, la proie a rencontré des épreuves qui ont mises à mal sa faculté à s’imposer et à se protéger.
  • Les personnes ayant une mauvaise estime d’elles-mêmes sont également des proies parfaites, en conclusion, nous pouvons toutes et tous nous retrouver manipulables à un moment de notre vie…

 

Mode opératoire du pervers narcissique : 

La première phase, que je nommerai “l’entrée en scène” peut être plus ou moins longue, le pervers attend le moment idéal pour se mettre en action et ferrer sa proie. La période idéale peut être un décès dans la famille de sa proie, la naissance d’un enfant, un changement professionnel de sa “chose”. En tout état de cause, il attend que sa proie soit particulièrement fragilisée pour agir.

 

PERVERS NARCISSIQUE

 

Puis arrive la seconde phase , “la séduction”, cette phase qui perdurera tout au long du processus, prend différents aspects. Le premier objectif est d’apprivoiser sa chose. Compliments, empathie, cadeaux, le pervers veut à tout prix devenir indispensable à sa proie pour la manipuler et la rendre totalement malléable et redevable.

Une communication pervertie

L’excès et le “trop” : le PN se montre disponible sans aucune limite, il veut tout prendre en charge. La proie ressent une sensation “d’étouffement” tant il lui porte trop d’attention. Trop de cadeaux, de compliments sur son physique, son intelligence… Mais il peut également la cribler de critiques si elle essaie de reprendre un peu de liberté. Cet excès de tout rend la proie redevable et “chosifiée”, elle n’a plus aucun espace à elle. Le PN joue avec la communication verbale et non verbale lui laissant penser qu’elle est libre dans tout ce qu’elle fait mais au final, le PN amène toujours sa proie à se plier à ses décisions et ses envies.

 

On entre ensuite dans la phase de “dépendance qui induit la culpabilité”, un jeu que le pervers manipule avec excellence. Il s’agit pour le PN de prendre de plus en plus de place dans chaque aspect de la vie de sa proie. Il s’infiltre partout et s’impose en offrant ses services sans même que “sa chose” n’exprime le moindre besoin. Evidemment, ce jeu psychologique génère chez la proie un sentiment de culpabilité car elle se sent redevable et à sa merci. Le pervers gagne du terrain en la rendant de plus en plus dépendante. C’est ainsi que la proie se voit obliger d’accepter l’inacceptable, de supporter l’insupportable, même si elle exprime d’une manière ou d’une autre une ébauche “de non”( voir l’article en cliquant ici,  le PN n’entend pas, ne veut pas entendre. Elle ne peut pas échapper aux désirs de son pervers.

Isoler et jouer de son statut d’autorité

L’isolement est également une technique imparable du PN, en isolant sa proie de ses amis, de sa famille. Il se montre jaloux, impatient, envieux, la proie devient son objet. Le PN met tout en oeuvre pour lui prouver combien toutes ces personnes qui l’entourent sont toxiques, nocives avec des arguments imparables à l’appui. La proie se retrouve seule. J’ai connu cet isolement où  la peur et le besoin de fuir sont des sentiments irrépressibles, pour autant, il est quasiment impossible d’échapper à son PN.  Etant isolée, la proie n’ose pas parler de ce qu’elle endure. Elle se mure dans le silence et dans un état de terreur, elle néglige la petite voix de son instinct. Elle se renferme dans sa culpabilité et ses doutes.

 

PERVERS NARCISSIQUE

 

Le jeu est encore plus dangereux lorsque le pervers narcissique exerce une position d’autorité. Une relation de soumission inculquée durant notre enfance qui peut facilement être réenclenchée par certaines situations que le pervers connaît bien. Position d’autorité hiérarchique, position d’autorité en reproduisant une relation parent/enfant, le PN a souvent une carrure imposante alliée à une posture écrasante… La proie se retrouve paralysée par ce réflexe de soumission induit par la position d’autorité. Il lui est impossible d’échapper à son prédateur. La proie se retrouve chosifiée et bloquée dans des situations inimaginables qui peuvent s’avérer catastrophiques allant jusqu’à l’atteinte de l’intégrité morale et physique de la proie. Le PN peut également faire preuve de beaucoup d’imagination pour arriver à assouvir ses désirs y compris sexuels, qu’il minimisera ensuite voire justifiera par une incompréhension de la personne.

 

Se victimiser : si la proie tente de s’échapper, le PN n’hésite pas à se faire passer pour la victime de sa proie. Il répand partout où il peut qu’il est totalement victime, le plus malheureux,  se dit malade. Il feint de ne pas comprendre pourquoi sa proie se comporte ainsi ! Le PN traite même souvent sa proie d’ingrate “après tout ce qu’il a fait pour elle”. Bref, il retourne la situation afin de semer le doute et de fragiliser encore un peu plus sa chose. Et surtout, il refuse de porter toute responsabilité, tout est la faute de sa proie.

 

Le point de non retour

La proie se sent de plus en plus mal, le corps est le premier à exprimer ce mal-être. Pour ma part, c’est un geste de trop du PN que je qualifierai “d’électrochoc” (ou facteur déclenchant) qui a été à l’origine du point de non retour. Le moment où la proie prend conscience de la gravité de la situation. Un sentiment de danger si fort que la seule issue envisageable est de mettre un terme définitif à cette relation toxique. Il est pourtant extrêmement périlleux voire impossible d’y échapper sans être totalement anéantie.

 

PERVERS NARCISSIQUE

 

La fuite, unique porte de sortie

La proie sort du silence avec beaucoup de difficulté. Elle doit alerter un proche et mettre des mots sur l’innommable. Commence alors une autre bataille… Car il est absolument impossible d’envisager une quelconque négociation avec le PN. Il n’aura de cesse de chercher à vous discréditer, vous nuire, vous écraser pouvant aller au point de pousser à l’acte irréversible du suicide…

On ressort comme “brisé” d’une telle expérience : honte, culpabilité, perte totale de confiance en soi, isolement… la liste est longue.

Mais ce qu’il faut retenir avant, tout, c’est qu’une fois que l’on a réussi à fuir, même si la reconstruction est extrêmement longue et douloureuse, le PN n’a pas gagné ! Certes le PN n’a pas fini de faire parler de lui, tous les coups lui sont permis mais la proie est sur le chemin de la liberté ou presque… !

PERVERS NARCISSIQUE

La reconstruction

Un sentiment d’abattement survient après cette fuite, un long passage à vide difficile mais nécessaire à la reconstruction. Il est indispensable d’être soutenu, entouré et aidé. Je parle à titre personnel, il est fortement conseillé d’être accompagné par un professionnel de santé. Les dégâts sont lourds et peuvent prendre différentes formes tel qu’un stress post-traumatique chronique. La proie revit sans cesse les événements vécus avec son PN comme un film d’horreur incessant. Cela peut en plus, prendre la forme d’une dépression sévère. C’est pourquoi, il est donc nécessaire d’être aidé aussi longtemps que nécessaire. Sortir de l’emprise demande énormément de patience et de courage. Je m’en arrête là car j’ignore encore quelle forme prendra le chemin de ma reconstruction à ce jour. Je vis au jour le jour et j’avance pas après pas vers la liberté.

Stéphanie

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